VOTRE GUIDE
AU MUSÉE
GIANSONE
«La sculpture n'est pas un métier, c'est une nécessité de l'esprit.»
Bienvenue dans l'univers artistique de Mario Giansone[cite: 1]. Ce lieu n'est pas un simple espace d'exposition, mais un voyage sensoriel et émotionnel à travers la matière[cite: 1].
Qui était Mario Giansone ?
Mario Giansone (1915–1997) a été l'un des protagonistes les plus originaux de l'art italien du XXe siècle[cite: 1]. En marge des tendances commerciales du marché de l'art, Giansone a consacré toute sa vie à la recherche de la forme pure à travers la sculpture[cite: 1]. Sa production s'inscrit dans la lignée du Cubisme et du Futurisme, se concentrant sur l'étude du mouvement et sur une quête constante autour du drame et de la beauté de la condition humaine[cite: 1].
L'univers artistique de Mario Giansone gravite autour de cinq grands thèmes récurrents[cite: 1] :
- La guerre : la représentation de sa brutalité, exprimée aussi bien dans les scènes de bataille que dans les chars d'assaut, les fusillades et les déportations[cite: 1].
- La technologie : l'admiration pour les merveilles technologiques qui ont marqué son siècle, évidente aussi bien dans les représentations d'un circuit automobile, d'un dépassement ou d'un aéroport la nuit que dans celles d'hélicoptères, d'avions, de navires ou d'automobiles[cite: 1].
- L'intimisme : reflétant un intimisme délicat, on trouve les œuvres consacrées aux affections telles que le baiser, les grandes mères, les figures féminines, les amoureux et les chats[cite: 1].
- La musique : en particulier le jazz, avec les concerts pour piano, les idéogrammes graphiques, les ballerines et les maquettes plastiques[cite: 1].
- La transcendance : un intimisme qui cède souvent la place à un cheminement vers la spiritualité[cite: 1].
Guide des salles et parcours d'exposition
En accord avec l'esprit libre de l'artiste, le parcours n'impose aucune direction rigide ni fil chronologique[cite: 1]. Giansone lui-même n'aimait pas dater ses œuvres, précisément pour éviter qu'elles ne soient enfermées dans un cadre temporel forcé : selon lui, l'art devait s'exprimer par lui-même, au-delà du temps[cite: 1].
Si vous préférez néanmoins un fil conducteur, nous vous suggérons un itinéraire pour découvrir les grands thèmes de sa recherche[cite: 1].
L'Atrium : le début du voyage
L'atrium accueille le visiteur en l'introduisant immédiatement aux fondements théoriques et plastiques de l'art de Giansone, mêlant la monumentalité de la pierre, l'expérimentation dynamique et ses recherches de jeunesse[cite: 1].
Au centre – Métamorphose ou Femme Canapé (Metamorfosi o Donna Divano) : domine l'espace central de l'atrium par ses formes généreuses, enveloppantes et géométriquement synthétisées[cite: 1]. C'est précisément en raison de cette puissance évocatrice exceptionnelle, suggérant un profond sentiment de protection universelle, que l'œuvre a longtemps été connue à tort sous le nom de La Grande Mère (La Grande Madre), finissant par être associée aux seuls concepts de maternité et de fertilité[cite: 1]. La Grande Mère est en réalité le titre d'une autre sculpture de Giansone, très similaire par ses lignes mais réalisée à plus petite échelle, également exposée au musée[cite: 1]. De récentes découvertes d'archives ont ainsi restitué à la sculpture monumentale de l'atrium sa véritable identité historico-critique : son titre réel est Femme canapé ou Métamorphose[cite: 1]. Réalisée en marbre rose du Portugal, la composition originale conçue par l'artiste prévoyait également l'intégration d'un élément sombre en serpentine, aujourd'hui malheureusement perdu[cite: 1].
À gauche – Les Œuvres Cinétiques (Il Karma et L'Orma) : de ce côté, le visiteur découvre les expérimentations de Giansone liées au mouvement[cite: 1]. Il Karma (Le Karma) et L'Orma (L'Empreinte) sont des sculptures conçues pour dialoguer avec l'espace et le déplacement de l'observateur[cite: 1]. Grâce à des structures ingénieuses et des emboîtements géométriques, ces œuvres créent une illusion de mutation continue, symbolisant le temps qui passe, les actions humaines et la trace indélébile que l'homme laisse sur son passage[cite: 1].
À droite – Les Œuvres de Jeunesse et les Grandes Théories : cette section documente les premiers pas de l'artiste et la naissance de son langage expressif[cite: 1]. On y présente la fondamentale « théorie des tangentes », où la forme est définie par la rencontre de lignes idéales effleurant l'objet, ainsi que la « théorie modulaire », un système géométrique où l'œuvre entière se développe à partir de la répétition et de la variation d'un seul « module » mathématique et proportionnel[cite: 1]. En face se trouvent deux œuvres en pierre, L'Anima (L'Âme) et La lezione di anatomia (La Leçon d'anatomie)[cite: 1]. La première représente une structure conceptuelle intime et profonde, définie par l'artiste comme l'entité qui « protège et réconforte »[cite: 1]. La seconde est le manifeste tridimensionnel de la vaste culture scientifique qui sous-tendait chaque création du Maître, rappelant ses deux années d'enseignement de l'anatomie à l'Académie Albertina de Turin[cite: 1].
Salle noire
(à la gauche de Métamorphose ou Femme Canapé dans l'atrium)
Un environnement à lumière contrôlée d'un fort impact émotionnel[cite: 1]. Dans cette salle, la lumière n'est pas un simple élément d'éclairage, mais une véritable composante de la sculpture : projetée avec précision sur les œuvres, elle modèle les formes, accentue les volumes et donne vie aux ombres, permettant au visiteur de percevoir l'essence intime de la pensée de Giansone[cite: 1].
Salle des Bronzes
(en poursuivant après les Œuvres de Jeunesse et les Grandes Théories)
Cet espace célèbre la vigueur, le rythme et la complexité de la matière fondue, mais c'est surtout le lieu où résonne visuellement la passion viscérale de Giansone pour le jazz[cite: 1]. Pour le Maître, le jazz n'était pas une simple musique de fond, mais une philosophie de vie, une improvisation contrôlée qui s'accordait parfaitement avec sa manière de sculpter[cite: 1]. La grande majorité des bronzes exposés dans cette salle est consacrée à cet univers : des figures de saxophonistes, de contrebassistes et de batteurs se fondent en un tout dynamique avec leurs instruments[cite: 1]. Giansone réussit le tour de force d'ôter sa gravité au métal lourd, traduisant la fluidité des notes, le syncope du rythme et l'énergie des jam-sessions en un entrelacement tridimensionnel de pleins et de vides[cite: 1].
Dans cette salle est également exposée une tapisserie représentant les techniciens travaillant sur la sonde Mariner IV lancée vers Mars en 1954[cite: 1]. Giansone a créé cinq tapisseries tissées d'après ses dessins par la célèbre Arazzeria Scassa d'Asti : elles présentent l'originalité d'être exposées à l'envers, selon une intuition géniale de l'artiste[cite: 1]. En effet, en travaillant aux ciseaux sur l'envers de la tapisserie et en coupant les fils à différentes hauteurs, l'artiste apporte, outre un effet tonal de couleurs, une profondeur et une tridimensionnalité sculpturales absentes des tapisseries classiques[cite: 1].
Salle des Marbres
(à la droite de la Salle des Bronzes)
Dédiée à la « taille directe » sur marbres, granites et pierres dures[cite: 1]. Dans cette salle, l'émotion naît du contact visuel avec la surface de la pierre qui conserve les traces de la taille directe et du travail manuel de l'artiste[cite: 1].
Parmi les chefs-d'œuvre absolus conservés dans cet espace, le visiteur peut admirer des œuvres iconiques telles que La donna della domenica (La Femme du dimanche), les profils sinueux des célèbres chats de Giansone, la passion intense exprimée dans Il bacio (Le Baiser) et l'extraordinaire traduction plastique du Modern Jazz Quartet, que Giansone a très probablement vu lors de leur première tournée en Italie pendant un concert à Turin en 1956[cite: 1].
Opera Omnia
(après la Salle des Marbres)
Le cœur philosophique, conceptuel et l'aboutissement de tout le parcours d'exposition[cite: 1]. Cette salle abrite la synthèse totale de la vision artistique et spirituelle de Mario Giansone[cite: 1]. Un ensemble organique et spectaculaire d'œuvres disposées selon un ordre qui retrace l'évolution de sa pensée et sa recherche incessante de l'harmonie cachée dans l'univers, entraînant le visiteur dans un voyage vers la transcendance[cite: 1].
Salle Dessins et Peintures
(en face de la Salle des Marbres)
Si la renommée de Mario Giansone est indissociable de la monumentalité de ses sculptures en pierre, marbre et bronze, sa vaste production graphique constitue un chapitre intime et extraordinaire de son évolution[cite: 1]. C'est surtout à un âge avancé que le dessin a pris un rôle central : lorsque ses forces physiques ne lui permettaient plus de soutenir l'effort monumental du ciseau et le corps-à-corps avec la matière brute, Giansone n'a pas cessé de créer, mais a transféré son urgence expressive sur le papier[cite: 1].
Le panneau des Bijoux : Même si les pièces réelles ne sont pas physiquement présentes au musée, leur reproduction exposée témoigne du génie de Giansone dans l'art de l'orfèvrerie[cite: 1]. Pour lui, le bijou n'était pas un simple ornement, mais une véritable « sculpture à porter » en miniature, capable de conserver la même puissance géométrique que ses travaux de plus grande taille[cite: 1].
La sculpture Il Sorpasso (Le Dépassement) : Au centre exact de la salle se dresse cette œuvre qui fait un contrepoint parfait aux dessins environnants[cite: 1]. Il Sorpasso incarne de manière magistrale l'obsession de Giansone pour le dynamisme : ici, la pierre capte la tension, la vitesse et l'énergie du mouvement dans une synthèse de volumes d'une élégance rare[cite: 1].
Salle Giuseppe Floridia
(après la salle Dessins et Peintures en montant la rampe)
Cette salle est dédiée à la mémoire de Giuseppe Floridia, ami historique de l'artiste et promoteur de la Fondation[cite: 1]. Il s'agit d'un hommage mérité à l'homme qui, avec sa famille, a consacré d'immenses efforts, sa passion et des ressources matérielles à la sauvegarde, à l'étude et à la valorisation de l'héritage de Giansone, rendant possible la naissance même de ce musée et la restitution au public du génie du Maître[cite: 1].
Le trait et la soustraction : Les Xylographies de Mario Giansone[cite: 1]
Si dans la sculpture monumentale Mario Giansone cherchait la forme en creusant la pierre ou en façonnant le métal, c'est dans la xilographie – l'art ancien de la gravure sur bois – que son génie graphique trouve sa plus haute expression de synthèse[cite: 1].
Des bois de noyer, palissandre, padouk, azobé et ébène naissent les xylographies tirées en feuille unique exposées dans la salle Floridia : elles comptent parmi les plus grandes de l'histoire de l'art[cite: 1]. Elles représentent une partie fondamentale de sa production graphique, étroitement liée à son activité de sculpteur par l'utilisation des matériaux et par la recherche sur la forme et le trait[cite: 1]. Gravées dans des bois durs et précieux, ces estampes représentent la guerre, des concerts de jazz, la danse, des figures et des formes abstraites en valorisant au maximum la ligne, qui s'avère également être le point de départ des théories modulaires et des tangentes élaborées par le Maître[cite: 1].
Pour Giansone, la xylographie n'a jamais été un exercice académique ou un compromis bidimensionnel, mais bien une extension naturelle de sa nature de sculpteur[cite: 1]. Le procédé est d'ailleurs identique : on procède par soustraction[cite: 1]. Chaque sillon creusé à la gouge et au burin dans le bois de la matrice retire de la matière pour créer un vide ; un vide qui, au moment de l'impression sur papier, repoussera l'encre pour devenir de la lumière pure[cite: 1].
Pour en savoir plus…
[cite: 1]L'Ancienne Filature : un cadre d'archéologie industrielle
[cite: 1]Le Musée Giansone est installé dans un cadre architectural extraordinaire : une ancienne filature de coton du XIXe siècle, l'ancienne bonneterie des Frères Bosio[cite: 1]. Cet édifice, autrefois symbole de la Vallée de Suse ouvrière et manufacturière, est un exemple parfait d'archéologie industrielle[cite: 1]. Les grandes verrières, les hauts plafonds et les structures en fer qui abritaient jadis les métiers à tisser et le va-et-vient des ouvriers offrent aujourd'hui une lumière naturelle et un volume monumental qui mettent en valeur les formes et la taille des sculptures[cite: 1].
La naissance du Musée
[cite: 1]Le musée est né de la volonté et de la ténacité de Giuseppe Floridia et de quelques-uns de ses amis, qui ont créé la Fondation Mario Giansone afin de conserver l'immense patrimoine de l'artiste et de lui offrir une demeure permanente[cite: 1]. Le choix de régénérer un espace industriel reflète parfaitement la philosophie du Maître : un lieu où le travail manuel, l'effort, la précision et la transformation de la matière brute ont été pendant des décennies au cœur de la vie quotidienne, tout comme cela se passait, jour après jour, dans l'atelier du sculpteur[cite: 1].
Au revoir et bonne visite !
[cite: 1]Nous vous remercions d'avoir visité le Musée Giansone et d'avoir partagé avec nous ce voyage extraordinaire entre art, matière et mémoire[cite: 1].
Notre musée n'est qu'une des nombreuses pièces qui composent la magnifique mosaïque de la Vallée de Suse[cite: 1]. Nous vous invitons à poursuivre votre itinéraire à la découverte des autres merveilles que ce territoire unique a à offrir : des parcours millénaires de foi et d'histoire, comme la majestueuse Abbaye de Saint-Michel-de-la-Cluse (Sacra di San Michele) et l'Abbaye de Novalèse, jusqu'aux panoramas spectaculaires de nos parcs naturels et à ses charmants villages médiévaux[cite: 1].
Votre avis est important
[cite: 1]Avant de nous quitter, nous vous invitons à scanner avec votre smartphone le QR Code situé à la gauche de la Billetterie[cite: 1]. Laissez un commentaire, une impression ou une suggestion sur votre visite[cite: 1]. Vos retours nous aident à grandir et à faire connaître l'extraordinaire héritage de Mario Giansone à un public toujours plus large[cite: 1].
Bonne continuation de voyage dans la Vallée de Suse et à bientôt !
[cite: 1]